Lundi 30 juin 2008

« La résistance […] est une recherche de maintien d’équilibre inhérent au fonctionnement de toute organisation sociale et qui peut traduire une réaction de défense, [les individus] cherchant à maintenir un certain équilibre dans leurs réseaux de relations et dans la perception qu’ils se font de leur place dans l’organisation. »[1]

Les perceptions et les réalités de chaque individu se confrontent, s’entrechoquent et cohabitent. Chacun construit sa route, son chemin dans l’organisation.
Ceci ne pose pas de difficulté tant que les routes et les chemins individuels suivent le tracé collectif de l’organisation : en cas de bifurcations fortes, l’individu peut s’exclure du groupe et partir, ou bloquer l’avancement de l’ensemble.

Les différentes finalités de vues des individus, souvent en fonction de leur métier ou de leur position hiérarchique, sont, dans les cas de changements, exacerbées.
« Pourquoi devrais-je, moi, changer, et pas les autres ? »
En fait, la réponse est assez simple : tout le monde va changer, mais personne ne le prend de la même façon, avec la même intensité.

 La création de routines, dans les activités de l’individu, correspond à la possibilité de se protéger, de délimiter le territoire protégé, hors duquel il ne souhaite pas s’aventurer ; et chacun son territoire !

Les théoriciens classiques, F.W. Taylor, M. Weber et H.A. Simon, ont fait de la routine, « en standardisant et en régularisant les réponses à un événement, en rendant prévisible l’action individuelle […], le vecteur de la productivité d’une organisation. »
[2]
En retour, la routine bloque la transformation organisationnelle ; pour construire les changements, il s’agit, donc, de changer les anciennes routines et d’en créer de nouvelles.

Un des moyens de mise en œuvre repose sur
l’apprentissage organisationnel qui permet, selon Chris Argyris, de contourner les obstacles à l’apprentissage et aux changements qu’il nomme  « routines défensives »[3].

Ces routines stabilisatrices, pour les individus comme pour l’organisation, permettent de structurer les causes de résistances aux changements en trois catégories[4] :

     ·       
Les causes individuelles : Les changements, générateurs d’anxiété, contribuent à la perte des points de repères antérieurs et poussent à la remise en cause.

·        Les causes structurelles et conjoncturelles : Au nombre de trois, elles englobent les conditions de travail (le passage d’une activité mono tâche à la polyvalence), le fonctionnement organisationnel (les organisations de type bureaucratique sont en difficultés fortes lors des transformations) et le climat de l’organisation (la non prise en compte de la réalité du climat obère les possibilités de changements).

·        Les causes collectives : Les normes et les rites s’érigent en système de valeurs  pour les membres d’un groupe. Ils favorisent les comportements catégoriels et corporatistes, créant un front imposant en cas de changements.


[1] Yves Frédéric Livian : Comment mener une réorganisation, la conduite du changement dans l’entreprise – Editions Dunod Entreprise – Paris 1978 – p.11

[2] Franck Bournois, Jérôme Duval-Hamel, Sylvie Roussillon, Jean-Louis Scaringella : Comités Exécutifs – Editions d’Organisations – Paris 2007 –  p.519

[3] Chris Argyris : Savoir pour agir : surmonter les obstacles à l’apprentissage organisationnel – Intereditions – Paris 1995 – p.29

[4] Association Nationale de la Formation Hospitalière : Conduite du changement – Guide méthodologique de la Fonction Cadre –
http://www.anfh.asso.fr/fonctioncadre/cadre/gmweb/Cadre_GM_Conduite%20du%20changement.htm

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Jeudi 26 juin 2008

La responsabilisation n’est pas uniquement une individualisation de la relation individu-organisation.
Elle s’inscrit dans une démarche plus vaste visant à rééquilibrer voire renverser la forme de hiérarchie classique dans les organisations : la structure pyramidale de pouvoir avec un chef à sa tête.

Joël de Rosnay propose – prescrit – la mise en place de ce qu’il nomme le principe de subsomption (de subsumer : penser un objet individuel comme compris dans un ensemble).
« Plutôt que de nous penser enfermés dans des emboîtements successifs au sein de structures pyramidales, le principe de subsomption nous permet de nous représenter comme intégrés, sans nous y perdre, dans un plus grand que nous. Chaque [individu] représente la pointe d’une infinité de pyramides, ouvertes vers d’autres niveaux d’organisation. […] Plutôt que la dépendance au seul pouvoir d’une intelligence élective, la subsomption nous renvoie à la nécessité d’émergence d’une intelligence collective. »
[1]

Cette inscription de l’individu dans un tout, indissociable de chacun, lui confère l’autonomie nécessaire à l’accomplissement de ces tâches sans le dissoudre dans l’ensemble : conserver son individualité dans le collectif. En fondant ses activités sur un plan collectif, l’individu s’installe dans une relation responsabilisante avec l’organisation et donc, avec les autres individus.

En poussant la réflexion, Joël de Rosnay propose un modèle d’organisation basé sur les travaux du mathématicien français Benoît Mandelbrot, père de la géométrie fractale (le propos n’est pas ici d’introduire plus avant ces outils mathématiques
[2]).
La définition que donne Mandelbrot d’une fractale est la suivante : « une structure ou un objet dont les parties rappellent le tout, comme en écho, par une simple réduction d’échelle. »
[3]
De Rosnay construit, donc à partir de cette définition et de son principe de subsomption, une organisation fractale dans laquelle les changements sont la source d’améliorations permanentes. Cette organisation est structurée « en modules autonomes mais interdépendants comprenant tous les [individus] intervenant dans la production d’un objet [ou d’un service]. […] La motivation et la participation sont fortes dans les structures fractales car elles constituent, en germe, la totalité de [l’organisation]. »[4]

C’est l’autonomie et la responsabilité qui fait de chaque individu, une représentation de l’organisation, à lui seul. Il porte à la fois la stratégie, l’image, les savoirs de l’ensemble de l’organisation ; et ceci est d’autant plus vrai dans les organisations de services, dont la consommation par le client, du produit de l’organisation – le service –  s’effectue en direct avec l’individu. Le rôle du management est, dans ce contexte, plus basé sur le « faire confiance a priori et contrôler a posteriori »[5].

Par cette démarche, par la fractalisation de l’organisation, le management doit rechercher les conditions d’autonomie et de reconnaissance nécessaire pour susciter, chez  l’individu, l’implication et l’engagement.


[1] Joël de Rosnay : L’homme symbiotique – Editions du Seuil – Points Essais n° 357 – Paris 2000 – p.220

[2] Pour une information plus complète, je renvoie à son ouvrage Les objets fractals – Editions Flammarion – Champs n° 301 – Paris 1995

[3] Benoît Mandelbrot : Une approche fractale des marchés – Editions Odile Jacob – Paris 2004 – p.230

[4] Joël de Rosnay dans op.cit. p.272

[5] Marie Bellan : Réconcilier l’entreprise et ses salariés – Article paru dans Les Echos du Mardi 25 septembre 2007

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Mardi 24 juin 2008

Parce que l’individu « sait mobiliser son énergie pour des objectifs qui lui semblent positifs, motivants [et] désirables, il apprécie d’être responsabilisé, impliqué et de participer à un processus qui a du sens. » [1]

Cette mobilisation l’implique entièrement, personnellement et professionnellement, donnant à sa contribution, dans la bonne marche de l’organisation, une valeur  supérieure à la somme des tâches effectuées.
« Le collaborateur efficace ne vend plus du travail, il livre des résultats qui engagent son identité toute entière. »
[2]
Et de plus en plus, par son statut de travailleur du savoir, l’individu intègre ce qu’il est dans son activité professionnelle ; il ne peut plus, désormais, être simplement perçu, par l’organisation, comme un temps-homme au même titre qu’un temps-machine.

« Le sens que [l’individu] donne à son travail et celui qu’il donne à son existence ne peuvent être vus comme deux éléments différents. Ils sont nécessairement reliés si l’individu veut éviter la schizophrénie. »
[3]

A nouveau, cette lourde tâche incombe au management : faire le pont entre les aspirations individuelles et  collectives, et celles de l’organisation. Pour permettre la création du sens et à chacun d’en être responsable, le management doit en être lui-même le porteur.

Vincent Lehnardt, dans son ouvrage consacré à ce sujet, aborde le sujet de l’accès au sens comme le degré ultime de l’autonomie et dit, en substance : « Les responsables sont porteur de sens, justement, dans la mesure où ils permettent aux individus et aux groupes de l’ [organisation] de trouver dans le projet [de celle-ci] la place pour leurs propres valeurs et objectifs. »
[4]
Cette place est plus qu’une simple position, qu’une simple posture.

Elle a des répercussions importantes pour l’individu, car en prenant toute sa place, et une partie de son avenir en main, le rapport de force avec l’organisation s’équilibre : le revers de la médaille tient dans la force que cela procure à l’individu. Car cette force « revient à endosser la responsabilité de la compétence et de la valeur qu’ils ont acquises vis-à-vis de l’ [organisation]. »
[5]

Ce n’est plus à l’organisation, par la voix de son management,  de surveiller les individus, mais bien à eux, de démontrer qu’ils ont bien fait leurs tâches.


[1] Revue PME : La gestion du changement : un art de vivre ? – Juillet/Août 1999
[2] 
Claude Riveline : ‘Le global et le tribal’ dans Idées Tome 1 – Ecole de Paris du management – Paris 2006 – p.35
[3] 
Michel Fiol, Sole Andreu – La question du management selon H.A. Simon  dans op.cit. p.94
[4] Vincent Lehnardt : Les responsables porteurs de sens – Insep Consulting Editions – Paris 2002 – p.106
[5]
 
Bruno Jarrosson, Bernard Jaubert, Philippe Van den Bulke : Pourquoi c’est si dur de changer ? Dunod – Paris 2007 – p.173
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Dimanche 22 juin 2008
Le titre exact est : "Est-il aisé de passer d'une culture administrative à une culture commerciale ? " (mais le titre ne rentre pas !!!!)

Bon, voici mon sujet de grand oral pour mon examen final à l'ESCP-EAP le 09 juillet 2008. J'ai le droit à 15-20 mn de présentation.

Une fois n'est pas coutume, je fais appel aux lecteurs de ce blog pour me faire des suggestions (lectures, remarques, pistes de réflexions, exemples je prends tout...)


Voici mes premières idées :

1/ Définition des termes : aisé, culture, administrative (administration), commerciale

2/Distinguer collectif et individu

3/ Distinguer Usager et client

4/ Parler du changement à opérer (routines, procédures)

5/ Ne pas oublier que culture administrative n'est pas que fonction publique; la bureaucratie existe dans les entreprises (Si vous avez des exemples !!)

6/ Ma réponse a la question sera OUI !!! ... Mais sous conditions :

                    - Tenir compte du temps (temporalité)
                    - Management, manager, donner du sens
                    - Parler Client = service pas exclusivement vente

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Vendredi 20 juin 2008

Au-delà de tous les instants de savoirs, les organisations se trouvent, donc,  confrontées, et le management en premier lieu, à l’impossibilité de maîtriser la totalité de l’information en circulation en son sein : elles n’ont pas d’autre choix que de l’accepter.

La posture consiste alors à adopter celle du chef d’orchestre et de sa partition. Seul face à l’orchestre, baguette à la main pour donner le rythme, il visualise verticalement sur la partition ce qu’il entend horizontalement.

Explication : Une partition d’orchestre comprend l’ensemble des mélodies jouées par chacun des instruments de l’orchestre. Le chef se doit de suivre chaque note de chaque instrument à tout instant, verticalement sur la partition.
Pour jouer l’ensemble de l’œuvre, chaque instrumentiste poursuit son jeu horizontalement sur la partition ; par son écoute, le chef suit chacun d’entre eux.

C’est bien d’une communication globale dont fait preuve le chef d’orchestre. Vue et ouie totale, mais capable de discerner les digressions. Une main pour le rythme avec sa baguette et l’autre pour indiquer les moments d’interventions des instrumentistes.

Cette complexité apparente laisse en fait des marges de manœuvre à l’ensemble des ‘acteurs’.
Les instrumentistes, d’une part, qui en suivant les indications du chef conservent leurs possibilités d’interprétations de la partition qui leur est dévolue. Le chef d’orchestre, d’autre part, qui en imprimant le rythme et les nuances, insuffle sa propre vision de l’œuvre qu’il fait jouer.

La liberté d’action, que propose la partition, n’enlève pas son caractère fédérateur ; la partition est un moyen et non une fin. Le chef et l’orchestre travaillent de concert à la réalisation de leurs objectifs communs, instaurant la coopération comme le mode de communication ouvert le plus propice à la performance.

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Jeudi 19 juin 2008

Communiquer intensément, et pas dans le but de reprendre la main sur la maîtrise de l’information, mais simplement pour faire partie du jeu ; le management est, bien sûr, aussi un acteur de la communication, mais pas plus.
Si les outils ont encore du mal à voir le jour dans les organisations, des tentatives, pour proposer de nouvelles formes de communication, s’immiscent souvent sous l’impulsion d’un seul individu.

Je retiens deux exemples particuliers : les communautés de pratiques et les ‘places de marchés’.

La mise en place de Communautés de Pratique (COP) est un sujet d’actualité dans bon nombre d’organisations, principalement par la prise en compte que les individus, devenus travailleurs du savoir, ont des connaissances ou des expériences à partager. Une communauté de pratiques, c’est « un groupe de personnes qui partagent un intérêt sur un sujet, interagissent et créent des relations entre elles, partagent et développent de la connaissance, et ainsi contribuent au succès de l’organisation. »[1]
Une communauté de pratiques demande beaucoup d’investissement pour le management, et pas nécessairement sur un plan financier. Il lui faut pratiquer un certain lâcher prise, pour laisser des collaborateurs participer et échanger sur ce qui fait souvent la réussite d’une organisation. A nouveau, sans une existence officialisée, ces communautés finissent par émerger ça et là, plus ou moins formellement.

Pour les ‘places de marché’ (ou ‘Market Place’, nom originel), la communauté s’agrandit et se théâtralise. Initié par Benedikt Benenati, Directeur du développement des organisations et Responsable de la démarche de Knowledge Management du Groupe Danone, la ‘Market Place’ a pour but l’échange de bonnes pratiques et le partage de connaissances entre professionnels appartenant à la même entreprise, souvent disséminés sur un territoire très étendu.
La ‘Market Place’ rassemble sur un même lieu les différents individus pour faciliter l’interactivité. « Concrètement, à l’aide de chéquiers factices, les bonnes pratiques mises en avant par tel ou tel collaborateur (et qui on fait leurs preuves) sont achetées symboliquement par de futurs utilisateurs. Une façon de reconnaître leur pertinence et de s’engager à les appliquer de retour sur le terrain. »[2]

Ces deux exemples démontrent l’importance de la création de véritables réseaux sociaux, structurés et structurants pour l’organisation ; ce qui n’empêchera pas l’existence d’autres réseaux non contrôlés par ailleurs, renouvelant le processus permanent de communication.
La construction des changements s’inscrit pleinement dans l’émergence de ces modes de communications. « La question de la communication rejoint celle de l’évènement : c’est souvent lorsque l’on se mobilise autour d’un évènement que les occasions et les besoins de communication sont les plus forts. »[3]
Evidemment, de telle manifestation, comme la ‘Market Place’, demande non seulement une volonté mais aussi des structures.

A l’autre bout du spectre, une pratique très courante, et dont on ne soupçonne pas toujours la valeur fédératrice, a lieu chaque jour dans toutes les organisations : la pause-café.
Moment privilégié où se brisent « les cloisons disciplinaires ou organisationnelles [… et où, loin des procédures et des modes opératoires inscrits dans le marbre], les expertises locales, l’intelligence pratique individuelle et collective s’explicitent […] sous forme de narration, […] mode d’expression propice […] à la transmission de certains savoirs. » [4]

Pour en conserver toute sa valeur, la pause-café ne doit surtout pas être institutionnalisée : elle y perdrait ce qui fait sa richesse.


[1] Etienne Wenger dans Martin Roulleaux-Dugage : Organisation 2.0, Le knowledge management nouvelle génération – Groupe Eyrolles – Editions d’Organisations – Paris 2008 – p.109

[2] Eric Delon : Nouvelle donne pour le partage des connaissances en entreprise – Article paru dans Les Echos du Mardi 3 Juillet 2007

[3] Philippe Zarifian : L’enjeu de la communication comme compréhension réciproque – Article paru dans Les nouvelles organisations du travail – Problèmes politiques et sociaux – La documentation Française – N°867 du 14 décembre 2001 – p.35

[4] Raffi Duymedjian, Dominique Steiler : Eloge de la pause-café, un outil de la performance – Article paru dans La Tribune du Mardi 17 Avril 2007

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Mercredi 18 juin 2008

Parce que les réseaux formels et informels de l’organisation s’entremêlent en permanence, le management a un rôle déterminant dans la diffusion des informations auprès des collaborateurs ; encore plus, pendant la construction des changements.

Le mot d’ordre est : « Communiquer intensément ! » pour reprendre l’injonction de Benoît Grouard, qui poursuit en rappelant que « la communication permet d’informer à la fois sur le déroulement du processus [des changements] et également de générer un foisonnement d’idées qui enrichit le processus et l’accélère. »[1]

Quand j’emploie, le mot ‘injonction’, c’est à dessein : si le management ne prend pas en charge la communication, elle se fera sans lui. Les réseaux tissés par les individus prendront le relais, et les outils à leur disposition à l’intérieur comme à l’extérieur de l’organisation en faciliteront la diffusion.
Et à l’extérieur, le volume et la vitesse de transmission des informations dépassent largement les capacités en place dans l’organisation.

La planète toute entière est entrée dans ce que Joël de Rosnay appelle l’écosystème informationnel : « un système nerveux [dans lequel l’individu est l’un] des neurones, [… Internet en étant]  le cerveau mondial »[2].
La profusion d’informations et des moyens de les recevoir ou de les transmettre sont en train de bouleverser la façon de communiquer en entreprise.

Les individus, et pas simplement les plus jeunes –  technophiles par nature – manipulent avec aisance, tous ces nouveaux outils de la communication. Ce qu’ils ne trouvent pas dedans, ils le chercheront dehors !
Et avec un risque potentiel pour les organisations : « Faute d’outils en interne, certains salariés ouvrent des communautés d’entreprises voire des groupes de travail sur un Internet public très peu sécurisé ! »[3]
Un risque de fuites de données sensibles mais aussi un risque en terme d’image ; une image dont, aujourd’hui,  plus aucune organisation ou entreprise, ne sauraient se dispenser. « Alors que l’instantanéité de l’information est désormais la règle, que les e-réputations se font et se défont sur la toile, aucune entreprise [ou organisation] ne peut plus espérer prospérer sans se faire entendre. »[4]

Le vieil adage ‘Pour vivre heureux, vivons caché’ a fait long feu[5]
.  Les individus se retrouvent, donc, interconnectés, créant des liens sociaux, des réseaux sur les plateformes d’échanges.

« Leur pouvoir s’en trouve renforcé dans la vie personnelle mais aussi dans sa facette professionnelle. Effet de levier garanti.  […] Pourtant blogs, wikis et réseaux sociaux sont de formidables outils que les entreprises [ou organisations] tardent à intégrer. »
[6]
Et le retard dans leurs mises en place ne fait que creuser le fossé qui sépare l’intérieur de l’extérieur de l’organisation, le management de son rôle hiérarchique.


[1] Benoît Grouard  , Francis Meston : L’entreprise en mouvement – Dunod – Paris 2005 – p.71 et p.339

[2] Joël de Rosnay : 2020, Les scénarios du futur – Des Idées et des Hommes – Paris 2007 – p.74

[3] Edouard Laugier : Schumpeter 2.0 – Article paru dans le Nouvel Economiste n°1412 du 13 au 19 décembre 2007

[4] Franck Haufrecht : Du bon côté du miroir – Article paru dans Cahier du « Monde » n°19590 du Jeudi 17 janvier 2008

[5] Jean-Pierre Claris de Florian : Le grillon – Les Fables – Il est possible de retrouver l’ensemble des écrits de J.P. Florian sur le site suivant : http://poesie.webnet.fr/poemes/France/florian/3.html

[6] Edouard Laugier dans op.cit.
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Lundi 16 juin 2008

L’information semble être, de nos jours, le nerf de la guerre des organisations : systèmes d’informations, gestion de la relation clients, dossiers clients informatisés ou papiers, communications internes et externes, formations, rumeurs… Croit-on !

C’est dans l’individu, par son impossibilité à ne pas communiquer
[1], qu’il faut rechercher cette soif inextinguible d’informations et de communications. Si la communication entre individus est un besoin vital pour chacun d’entre eux, elle prend un tour particulier au sein des organisations.

L’individu, être social à défaut d’être sociable, en imposant ses réalités et ses perceptions, ou en tentant de repousser les assauts de celles des autres, délimite un périmètre dans lequel il pourra exercer une marge de manœuvre dans l’organisation.

Cette marge de manœuvre relative, utilisée dans l’action quotidienne, a été mise en avant par Michel Crozier, dans les concepts de l’analyse stratégique.
Un acteur, un individu dans une organisation, dans la terminologie de Michel Crozier, est déterminé avant tout par ses comportements et ses interdépendances avec les autres acteurs du système. « Au lieu d’être rationnel par rapport à des objectifs, [son comportement] est rationnel, d’une part, par rapport aux opportunités et à travers ces opportunités au contexte qui les définit et, d’autre part, par rapport au comportement des autres acteurs, au parti que ceux-ci prennent et au jeu qui s’est établi entre eux. »
[2]

Et de ces opportunités et de ses interactions, l’acteur peut obtenir une réelle influence voire du pouvoir dans le système organisationnel. Ce pouvoir, quatrième concept clé de l’analyse stratégique est, avant tout, « une relation [entre acteurs] et non pas un attribut. […] Plus précisément encore, il ne peut se développer qu’à travers l’échange entre les acteurs engagés dans une relation donnée.»
[3]

C’est par ce jeu d’échange que se nouent et se dénouent les liens de subordination, indépendamment du rôle hiérarchique. « La hiérarchie dans une organisation est quasiment incompatible avec l’exercice du dialogue »
[4] rappelle Peter Senge.
Et cette difficulté est exacerbée par une croyance tenace déjà évoquée : le pouvoir est dans la détention du savoir, de l’information, et plus le niveau hiérarchique est élevé, plus la concentration des informations rime avec pouvoir (le savoir étant par essence en haut de la pyramide, sinon à quoi bon chef !).
C’est plus dans la capacité à utiliser l’information que dans sa détention qu’il faut, aujourd’hui, voir le véritable pouvoir. Un pouvoir pour agir, non pour restreindre. Un pouvoir pour gagner en liberté de mouvement, pour interagir. « C’est parce que nous dépendons de l’autre que nous pouvons paradoxalement accroître notre autonomie et notre pouvoir d’influence. »
[5]

L’être humain est un être social, et même s’il a besoin de s’affirmer et d’un espace personnel, il n’en finit pas de tisser des liens. Au sein de l’organisation, la traduction est subtile.
Elle est faite de réseaux formels (les lieux de travail, les lieux de vie comme un restaurant d’entreprise, les réunions) et de réseaux informels (tel individu connaît untel d’un autre service parce qu’ils se côtoient à l’extérieur, par exemple).

Chacun étend, par ses relations et ses connaissances, son influence sur son entourage direct.En favorisant les contacts informels, le management instaure le principe d’un réseau fiabilisé : dans une organisation, « les difficultés éventuelles ne se situent pas au sein de chaque partie mais plutôt au niveau des relations entre ces parties. »
[6]

C’est d’ailleurs la prise en compte de l’organisation dans sa globalité qui permet, lors d’un changement, « que toutes les structures [de l’organisation] se sentent concernées par cette transformation, car une structure ne se limite pas à la réalisation de sa tâche mais participe à d’autres processus transverses avec les autres structures. »[7]

Cette approche des systèmes de relations, au sein des organisations, a été marquée par les travaux de Mark Granovetter sur l’encastrement relationnel, ou encastrement réticulaire dans le cadre des réseaux. « Le constat de base est que le jeu des acteurs est le résultat de la situation des individ
s dans le système de relations au sein desquelles ils se trouvent. […] L’action des individus est à la fois facilitée et limitée par la structure des réseaux sociaux dans lesquels ils s’inscrivent. »
[8]

Les relations entre les individus, les réseaux qu’ils créent, le pouvoir qu’ils leur accordent, constituent la meilleure source d’action et d’attraction au sein des organisations. Même les confrontations inhérentes aux interactions renforcent les liens.

Elles nourrissent les organisations des effervescences qu’elles génèrent, inscrivant l’individu comme le premier matériau de communication. Et c’est au management d’en faire bon usage pour trouver  le ‘middle of the road’ de Mark Granovetter.

L’individu est constamment bercé entre son besoin d’autonomie, la félinité toute humaine décrite par Cédric Klapisch
[9], et la nécessité arachnéenne de tisser encore et toujours de fragiles toiles, qui lui maintiennent des liens avec les autres individus.
Les prolongements de ces réseaux dépassent souvent le cadre professionnel, et l’émergence de nouveaux outils vient densifier, et brouiller dans certains cas,  les interrelations dans l’organisation.

 


[1] Xavier Molénat : Une logique de la communication – Sciences Humaines – Hors série n° 42 – La bibliothèque idéale des sciences humaines – Septembre/Octobre/Novembre 2003 
[2] Michel Crozier, Erhard Friedberg : L’acteur et le système – Editions du Seuil - Points n°248 – Paris 1992 – p.56
[3] Michel Crozier, Erhard Friedberg dans op.cit. p. 65 et 66
[4] Peter Senge dans op.cit. p.309
[5] Françoise Kourilsky dans op.cit. p.274
[6] Benoît Grouard, Francis Meston : L’entreprise en mouvement – Dunod – Paris 2005 – p.37
[7] David Autissier, Jean-Michel Moutot: Pratiques de la conduite du changement, Comment passer du discours à l’action – Dunod – Paris 2003 – p.87
[8] Henri Amblard, Philippe Bernoux, Gilles Herreros, Yves-Frédéric Livian: Les nouvelles approches sociologiques des organisations – Editions du Seuil – Paris 2005 – p. 260 et 261
[9] Cédric Klapisch : Chacun cherche son chat – Film de 1996 – Distributeur Studio Canal

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Dimanche 15 juin 2008

Pour construire les changements et mobiliser les individus autour, l’organisation, et les dirigeants à sa tête, doivent s’appliquer à « une meilleure répartition du pouvoir entre le sommet et le management intermédiaire »[1] lui permettant de « refuser de n’être que le maillon hiérarchique qui reçoit des instructions du siège. »[2]

En donnant plus d’autonomie au management de proximité, celui-ci pourra interagir avec les individus du groupe plus rapidement, plus souplement, l’autorisant à adopter une « gestion [plus] perméable »
[3] du quotidien. Cette autonomie a une contre partie pour le management ; c’est la responsabilité.

La responsabilité et le courage : celui « de dire la vérité, de prendre des risques et de les assumer, de prendre des décisions impopulaires dans l’immédiat »
[4], et toujours dans l’échange et le partage avec l’ensemble des individus, condition sine qua none du maintien de la légitimité à la tête du groupe pour le management.
Cette légitimité, qui dépasse le simple cadre du charisme et qui fait que la destination de l’ensemble, prime sur la destinée d’un seul. C’est dans une démarche d’humilité que doit s’engager le management, en gardant à l’esprit la phrase de Ken Blanchard :

« Il y a une question cruciale que vous devez sans cesse vous posez : Suis-je un leader qui sert ou un leader qui se sert ? »
[5]

Les notions d’anticipation et de leadership sont intimement liées, par le rayonnement qu’elles apportent à celle ou celui qui les pratique, par la capacité à réunir ce qui est épars pour fédérer un groupe d’individus.
Pour paraphraser Pierre Rosanvallon : « [Manager] signifie d’abord rendre le monde intelligible, donner des outils d’analyse et d’interprétation qui permettent aux [individus] de se diriger et d’agir efficacement. »
[6]

Servir plutôt que se servir ! Et que sévir ! Le management coercitif ou incantatoire a vécu (pas d’angélisme de ma part, il vivra encore dans la tentation d’un management courtermiste, emmené par un individu qui confond puissance et pouvoir !).

Parce que, dans les organisations,  les individus ne suivent plus aveuglément l’oracle, qui sera près à les sacrifier sur l’autel de l’EBITDA
[7] , ou le prophète, qui à coups de prédictions auto réalisatrices[8] leur donnent un destin tout tracé, ils choisissent, voire ils exigent, de plus en plus de participer à leur propre aventure.
La manipulation peut toujours exister, bien sûr, et la frontière est mince tant les relations humaines sont imprégnées de complexité : prendre par la main et se prendre en main, cette dualité continuera d’exister dans les organisations.

Le défi du management du 21ème siècle est pourtant là, se préparer au « dé-management, [… et pour les individus], leur défi sera d’apprendre à manager la ‘petite entreprise de soi-même’. »[9]


[1] Paul Pinto : L’entreprise moderne a besoin  de leaders – Article paru dans La Tribune du 19 Juin 2007
[2] Muriel Jasor : ING Direct France : un style multiculturel – Article paru dans Les Echos du 29 Juin 2007
[3] Raymond Vaillancourt : Le temps de l’incertitude, du changement personnel au changement organisationnel – Presses universitaires du Québec – 2005 – p.60
[4] Bernard Julhiet : Le courage managérial, une valeur montante – Article paru dans La Tribune du 05 Mars 2007
[5] Ken Blanchard, Mark Miller : Comment développer son leadership, 6 préceptes pour les managers – Editions d’Organisations – Paris 2005 – p.34
[6] Pierre Rosanvallon : La contre-démocratie, La politique à l’âge de la défiance – Editions du Seuil – Paris 2006 – p.313
[7] Définition EBITDA : Earnings before Interests, Taxes, Depreciation and Amortization, ou en français dans le texte, Revenu avant Intérêts, Impôts, Dotation aux Provisions et Amortissements
[8] Sur le concept de prophétie ou prédiction auto réalisatrice, il est possible de consulter l’ouvrage de Jean-Pierre Dupuy : Le catastrophisme éclairé, Quand l’impossible est certain – Editions du Seuil – Points Essais n°517 – p. 161 à 172
[9] Nicole Aubert : L’odyssée du management – Article paru dans Le Nouveau Courrier –Février 1996 – p.76 à 78 – Le terme dé-management est John Case, qui entrevoit que dans « l’entreprise de plus en plus dématérialisée,  le talent du gestionnaire consistera essentiellement à faire émerger et gérer des savoirs et savoir-faire, la valeur se situant désormais dans la matière grise et l’intelligence ajoutée ».

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Samedi 14 juin 2008

Prendre la tête d’un groupe, c’est être le leader, ce qui impose une responsabilité.
Pour éclairer le propos, je retiens une définition du ‘leader’ donnée par Manfred Kets de Vries : les leaders sont « des individus qui en appellent à l’imagination collective de leurs subordonnés pour les convaincre de se joindre au voyage. »
[1]
Sans volonté délibérée du management de construire le futur ensemble, les individus abandonneront en cours ou suivront, à contre cœur, parsemant le chemin d’actes de sabotages (au sens de faire vite et mal un travail).

Sans destination, pas de voyage : « il faut commencer par donner une vision claire de là où l’on veut aller »
[2]
, si l’on souhaite que les individus emboîtent le pas.
Le choix d’être explicite sur la destination est  l’enjeu principal du leader, pour permettre que « la réflexion sur l’avenir et l’action sur le présent se conjuguent étroitement en s’activant l’une l’autre. »
[3]

Fédérateur, mobilisateur, le leader, et le leadership, font l’objet de nombreuses recherches depuis la moitié du 20ème siècle, devenant, aujourd’hui, un sujet de prédilection pour les entreprises.

Je choisis de mettre en lumière deux regards sur ces notions, celui de Kurt Lewin et celui de P.Hersey et K.Blanchard, qui se renforcent sans apporter une réponse définitive.

En premier lieu, dans ses travaux, l’inventeur de la ’dynamic group
[4], définit trois styles de leadership (l’autoritaire, le démocratique et le laisser-faire) ; le deuxième permettant les échanges au sein du groupe, la participation individuelle de chacun des membres et facilite la responsabilisation et l’autonomie.
La mise en oeuvre de tels comportements, s’établissant progressivement et s’inscrivant dans la durée, constitue le socle de création de la dynamique groupe ; cette dynamique favorisant le passage à l’acte réel et créant les conditions du changement et de son acceptation.

En deuxième lieu, la théorie de leadership situationnel de Paul Hersey et Ken Blanchard se focalise sur les subordonnés, et sur leurs maturités (définit par « la compétence et l’engagement d’un individu vis-à-vis d’une tâche donnée »
[5]).
En dégageant quatre modes de mises en action du leadership (diriger, entraîner, épauler et déléguer), Hersey et Blanchard proposent un modèle adaptatif, tenant compte de chaque individu et de chaque situation.

En fonction des évolutions individuelles et situationnelles, le management doit modifier sa mise en action pour assurer le développement des individus
[6].
Ces deux approches sont à la croisée du chemin, que doit désormais emprunter le manager pour prendre toute sa place dans son rôle de leader.



[1]Manfred Kets de Vries : La face cachée du leadership – Pearson Education France – Village Mondial – Paris 2006 – p.2

[2] Edouard Laugier : L’ère du « cliemployé » - Article paru dans Le Nouvel Economiste n°1384 du 19 au 25 avril 2007
[3] Claude Marcheix : Qu’est-ce que la prospective ? – Tendances n°28 – Avril 1964 – p.12

[4] Jean-Michel Plane : Théorie des Organisations – Dunod – Collection Les Topos – Paris 2003 – p. 34 et 35
[5] Stephen Robbins, Timothy Judge, Philippe Gabilliet : Comportements Organisationnels – Pearson France Education – Paris 2006 – p.424
[6] Nicole Aubert : Diriger et Motiver – Editions d'Organsiation – Paris 2005 – p. 75 à 79

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